LA TRACE

À l’approche du week end je te propose qu’on parle bouquin!

Oui je me suis remise à lire et j’avais oublié cette si jolie sensation d’être transportée dans un tout autre univers que le mien! (oui ben c’est le principe aussi !). En ce moment je suis dans les chaussures italiennes (on en reparlera quand je l’aurais terminé, c’est à dire très rapidement!!).

J’avoue que je ne sais pas choisir un bouquin en librairie! Trop de choix, trop d’auteur, trop de maisons d’éditions, des grands des petits, épais, minces! Bouhhhh c’est trop! Du coup je demande souvent à mes copines ou copains (oui j’ai des copains lecteurs!).

Donc celui-ci était sur le bon conseil d’une keupine (hum hum nan je te dirais pas ki?!).

Je te propose de partir au Japon! Oui si loin, l’auteur lui même français est parti s’installer là bas! C’est un peu une histoire autobiographique!

Bref aujourd’hui je te parle de la TRACE!

 

LA TRACE DE RICHARD COLASSE

C’est quoi l’histoire ?

De nos jours. Président d’une prestigieuse maison de luxe implantée au Japon, le narrateur, un Français d’une cinquantaine d’années, mène une vie en apparence sans histoires. Marié à une femme qu’il aime, il se passionne aussi pour la photographie.
Un matin, sa secrétaire lui remet une lettre anonyme, écrite en japonais. Commence alors un travail de mémoire qui conduit notre homme à interroger son propre passé : son enfance en Afrique du Nord, sa découverte du Japon, dans les années 70, son ascension sociale et professionnelle dans un pays qui le fascine. Il y a aussi les zones d’ombre, entre remords et souvenirs refoulés, d’où refait surface un amour de jeunesse, une Japonaise que le narrateur a rencontrée lors de son premier voyage. Et si l’énigmatique auteur des lettres, c’était elle ?

 

C’est qui l’auteur ?

Richard Collasse est un écrivain français.

Il est et PDG de Chanel K.K au Japon, où il vit depuis 1979. Il était Président de l’European Business Council (EBC).

La Trace, son premier roman (2007), a fait sensation au Japon.

Richard-Collasse

Ce que j’en pense ?

J’ai mis du temps à me mettre dans ce roman! Pour plusieurs raison dont une qui n’appartient pas du tout à l’écrivain : c’est que je sortais d’un énorme bouquin que j’avais adoré du coup j’étais un peu “triste” d’avoir fini le roman… (oui ben je suis comme ça moi, je suis entière).

La deuxième raison c’est qu’en entamant la lecture de La Trace je ne comprenais pas ou l’auteur voulait m’emmener (emmène moi, emmène moi) parce que faut que je dise c’est hyper détaillé!
Au début de ce roman l’auteur nous parle des us et coutumes japonaises (normal on est au japon) donc c’est un peu long… Mais une fois passer ce cap de “détaillages” (mot inventé par moi même!), je me suis laissée prendre au jeu!

Oui ben le narrateur te dis qu’il aime la photo et le Japon. Du coup sur un malentendu il part dans ce pays qui le fascine! Ok!

Mais j’ai oublié de te dire que l’auteur te promène une fois dans les années 70 (quand il est jeune) et une autre fois dans son âge adulte. Du coup parfois c’est assez perturbant… mais tu comprendras mieux à la fin du bouquin… Parce qu’à la fin alors que je te raconte ça se finit que … (si on peut même plus raconter la fin!).

Ce qui m’a plu c’est cette histoire de lettre… (mon côté inspecteur Derrick).. Oui je t’ai pas dit mais le narrateur il reçoit une lettre… et là tu te dis mais “qui cela peut-il bien être”? (O D I L)…

Et aussi parce que sinon cela n’aurait pas de sens, la découverte d’un Japon vu par un français! Bon même si je peux pas te dire s’il est dans le vrai puisque je n’y ai jamais mis l’ombre d’un orteil! Mais toi peut être cher lectrice, lecteur… Tu me diras!

Bon pour résumé, c’est particulier au début, bien au milieu et la fin plus qu’émouvante! Il m’est resté en tête un petit moment!

Bref lis la Trace et dis moi ce que t’en penses!

 

L ILE DES OUBLIES DE VICTORIA HISLOP

Cet Eté j’ai lu!

Oui et j’ai dévoré de bons romans! Entre autre celui dont je te parle aujourd’hui! Ca se passe en Crète… humm tu sens le soleil, tu les vois les couleurs bleues et blanches….

 

 

 

C’est qui l’auteur ?

 Victoria Hislop diplômée de littérature anglaise à Oxford, a travaillé dans l’édition et les relations publiques avant d’être ecrivain. Elle vit avec son mari et leurs deux enfants dans le Kent.

Son premier roman, “L’Île des oubliés“, a connu un immense succès international et s’est vendu à plus de deux millions million d’exemplaires. Elle a rejeté des offres de Hollywood, préférant que le livre soit adapté pour la télévision en Grèce. La série “Το Νησί” a été salué unanimement par le public et les critiques.

Son deuxième roman, “The Return” (Le Retour) a aussi connu un succès international et ses livres ont étés traduits en plus de vingt langues.

Un recueil de nouvelles “One Cretan Evening” (Une Soirée crétoise),  ainsi qu’un troisième roman,  “The Thread” (Le Fil) sont parus en anglais en 2011.

 

C’est quoi l’histoire ?

L’été s’achève à Plaka, un village sur la côte nord de la Crète.

Alexis, une jeune Anglaise diplômée d’archéologie, a choisi de s’y rendre parce que c’est là que sa mère est née et a vécu jusqu’à ses dix-huit ans. Une terrible découverte attend Alexis qui ignore tout de l’histoire de sa famille : de 1903 à 1957, Spinalonga, l’île qui fait face à Plaka et ressemble tant à un animal alangui allongé sur le dos, était une colonie de lépreux… et son arrière-grand-mère y aurait péri.

Quels mystères effrayants recèle cette île que surplombent les ruines d’une forteresse vénitienne ? Pourquoi, Sophia, la mère d’Alexis, a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets… Bouleversant plaidoyer contre l’exclusion, L’Île des oubliés, traduit dans vingt-cinq pays et vendu à plus de deux millions d’exemplaires, a conquis le monde entier.

 

Ce que j’en pense ?

Je vais pas te mentir j’ai bien apprécié ce roman! Il y a tout ce que j’aime à l’intérieur : dépaysement, évasion et secret de famille !

Ce livre est une découverte de l’île Crétoise (dépaysement assuré), mais aussi d’une maladie la Lèpre, vecu par les malades mais aussi l’entourage, son évolution, et sa guerison qui finalement est assez récente…

J’aurais voulu que ce bouquin ne finisse jamais tellement tu t’attaches à tous les personnages!

Un chouette roman dépaysant! A lire!

 

 

Extrait du livre

Plaka, 2001

Libérée de son point d’amarrage, la corde se déroula d’un mouvement vif, et des gouttelettes d’eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l’unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu’au son du moteur haletant elle s’éloignait du quai pour rejoindre l’île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s’y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d’olive. L’île n’était pas loin et, quand l’embarcation approcha de l’imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd’hui encore, une force d’attraction. Elle se mit à songer qu’il s’agissait peut-être d’un endroit où l’histoire, toujours palpitante, ne s’était pas figée dans les pierres froides, un endroit où les habitants étaient réels et non mythiques. Quelle différence avec les palais antiques et les sites qu’elle avait visités au cours des dernières semaines, mois, voire années !
Alexis aurait pu consacrer une journée supplémentaire à escalader les ruines de Cnossos, à se représenter, devant les fragments grossiers de pierre, la vie que les Crétois avaient menée en ces lieux plus de quatre mille ans auparavant. Ces derniers temps, cependant, ce passé si lointain commençait à se dérober à son imagination et à sa curiosité. Malgré son diplôme en archéologie et son poste dans un musée, elle sentait son intérêt pour la question s’émousser de jour en jour. Son père était un universitaire passionné, et elle avait grandi avec la croyance naïve qu’elle suivrait ses traces dans la poussière de l’histoire. Pour quelqu’un comme Marcus Fielding, toutes les civilisations, même les plus anciennes, étaient dignes d’intérêt, mais, du haut de ses vingt-cinq ans, Alexis trouvait que le boeuf qu’elle avait dépassé sur la route plus tôt dans la journée avait bien plus de réalité, plus de résonance avec sa propre vie que n’en aurait jamais le Minotaure enfermé dans le labyrinthe légendaire de Crète.
Pour l’heure, elle avait toutefois d’autres sujets de préoccupation que son orientation professionnelle ; elle devait prendre une décision au sujet d’Ed. Tout le temps qu’ils s’étaient prélassés, en cette fin d’été, sur une île grecque, les limites de leur liaison autrefois prometteuse lui étaient peu à peu apparues. Si leur histoire avait réussi à fleurir au sein du microcosme étouffant de l’université, elle s’était flétrie au contact du monde extérieur et, au bout de trois ans, ne ressemblait plus qu’à une bouture chétive qui n’aurait pas pris une fois passée de la serre au jardin.

Bonne Lecture!

 

 

 

 

BON RETABLISSEMENT

Il est revenu le temps de la Lecture! Youpi!

Je lis plus facilement l’Eté va savoir pourquoi! J’en suis à 3 bouquins! Là je vais te parler d’un roman plutôt drôle, du coup parfait pour les vacances!

 

C’est qui l’auteur ?

Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit actuellement au Québec. Depuis quinze ans, elle se consacre entièrement à l’écriture. Auteur jeunesse important, avec plus d’une centaine de livres à son actif, elle accède à la notoriété en littérature générale avec « La Tête en friche »,
publié en 2008 dans la brune, adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal (près de 70 000 exemplaires vendus). Son deuxième titre publié au Rouergue, « Vivement l’avenir » (2010), a obtenu le prix des Hebdos en région et le prix Handi-livres.

 

C’est quoi l’histoire ?

Ce que j’en pense

j’ai aimé le ton de ce bouquin : émouvant, tendre, drôle, jubilatoire, profond, humain, chaleureux…
Il est juste drôlement ecrit et traite finement de la vie à l’hôpital! Les médecins les infirmières tout le monde en prend pour son grade! Il est criant de vérité!
Jean Pierre est un vieux con (il en a parfaitement conscience) adepte de l’humour pince sans rire, de l’ironie, du sarcasme et de l’autodérision. En fait JP(Jean Pierre quoi!) fait un point de toute son existence! Il passe en revue : ses parents, son chien, sa femme, ses pôtes, ses boulots, son présent, etc.
J’ai vraiment adoré les jeux de mots (je te laisse lire un extrait pour te rendre compte!).  Un bon moment de détente!

Extrait du Livre

Sans me vanter, vers les six ou sept ans, j’avais déjà tâté pas mal de choses, pour ce qui est des délits interdits par la loi. Vol à l’arraché, viol, extorsion de fonds…
Question viol, j’avais roulé une pelle à Marie-José Blanc. Elle serrait les dents, je n’étais pas allé loin. C’est l’intention qui compte.
Le vol à l’arraché, c’était le samedi après le match de rugby : je taxais le goûter des plus petits que moi. Je les baffais, peinard, au chaud dans les vestiaires. J’en épargnais un, quelquefois. J’ai un côté Robin des Bois.
Pour l’extorsion, demandez à mon frère. Il me citait toujours comme exemple pourri à ses gamins, quand ils étaient petits, Devenez pas comme votre oncle, ou vous aurez affaire à moi. Pour ma défense, je dirais que s’il n’avait rien eu à se reprocher, il n’aurait pas raqué toute sa tirelire. Pour faire chanter les gens, il faut une partition.

On m’appelait «la Terreur». Je trouvais ça génial.
Je me sentais promis à un grand avenir.

À l’époque, dans la maison, on était cinq et des poussières : mes parents, mon frangin et moi, pépé Jean, feu mémé Ginou.
Mes grands-parents paternels étaient morts bêtement, lorsque mon père avait huit ans, pour un refus de priorité causé par ma grand-mère, qui ne voyait pas trop l’utilité des stops.
Mon père avait été élevé par ses grands-parents du côté de sa mère : pépé Jean, encore très présent à l’époque dont je vous parle, et feu mémé Ginou, dans son urne, au garage.
J’avais du mal à me représenter ce qu’il avait pu ressentir, en rentrant de l’école, le jour de l’accident, lorsqu’il avait compris que ses parents n’allaient pas revenir. Sur le moment, il s’était peut-être dit qu’il pourrait enfin vivre en toute liberté : plus de claquage de beignet à la moindre bêtise. Tranquille.
Tranquille, oui.
Mais à l’entendre parler de ses années d’enfance, je sentais bien que certaines tranquillités foutent une vie en l’air plus sûrement que pas mal de contraintes. Du coup, ça ne me tentait pas, devenir orphelin. Je tenais à mes parents, même si c’était des parents, avec tous les défauts que ça peut sous-entendre, question autorité et interdictions. Je tenais à mon père, surtout. Je le trouvais balèze, pas seulement pour ses biceps plus épais que des cuisses. Il était fort, vraiment. Droit planté dans ses bottes. Riche de convictions, à défaut d’autre chose. Un gueulard, un sanguin, mais qui trempait ses mouchoirs aux mariages, aux baptêmes, appelait ma mère Mon p’tit bouchon d’amour, en se foutant pas mal du ridicule, et n’avait jamais peur de lui dire Je t’aime.
L’homme que j’aurais sûrement bien aimé devenir.

Bonne Lecture!

Merci Chloé pour ce livre!

CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA

Ca fait un moment que je voulais te parler de ce bouquin!

Un vrai coup de coeur (encore un!). J’ai pas mis longtemps à le finir malgré mes travaux (le soir c’était un pur délice avant de m’endormir!).

C’est qui l’auteur ?

Après le bac, direction l’école Estienne où Véronique Ovaldé passe un BTS édition, une façon comme une autre d’entrer dans le milieu littéraire pour celle qui n’a pas eu la chance de naître au sein de ce cercle très fermé.

Elle se lance ensuite dans des études de lettres par correspondance alors qu’elle travaille comme chef de fabrication et publie en 2000 un premier roman, ‘Le Sommeil des poissons’ (Seuil). En 2002, paraît ‘Toutes choses scintillant’ (L’ Ampoule), une deuxième œuvre remarquée.

L’année suivante, elle signe chez Actes Sud ‘Les hommes en général me plaisent beaucoup’. Suivent ‘Déloger l’animal’, l’un des romans incontournables de la rentrée littéraire 2005, et ‘La très petite Zébuline’, un livre jeunesse avec l’illustratrice Joëlle Jolivet, en 2006, toujours chez Actes Sud.

Dans son roman à la fois sombre et merveilleux ‘Et mon cœur transparent’ (Éditions de l’Olivier, 2007), Véronique Ovaldé réussit une nouvelle fois à créer un univers singulier et reçoit le Prix France Culture/Télérama.

En 2009, nouveau succès au sein de la même maison d’édition : ‘Ce que je sais de Vera Candida’ reçoit le prix Renaudot des lycéens, le prix France Télévisions et le Grand prix des lectrices de Elle. Après le recueil de nouvelles ‘La Salle De Bains Du Titanic’ (J’ ai Lu), Ovaldé revient en 2011 avec ‘Des vies d’oiseaux’ (Éditions de l’Olivier).

C’est quoi l’histoire ?

Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père.

Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida.

Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe.

Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise. Elle fuit l’île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d’une vie sans passé.

Un certain Itxaga, journaliste à L’Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir.

Ce que j’en pense

Ce que je sais de Vera Candida c’est qu’elle me manque! Ben Vi elle était devenue mon amie du soir, j’avais hâte de la retrouvé elle et sa famille!! J’ai aussi apprécié le personnage de sa grand mère un peu avant gardiste!

Bref tu l’auras compris j’ai adoré ce bouquin! Autant pour son exotisme : l’auteur t’emmène sur une île inconnue et inventée du coup libre à toi de te faire tes propres images et j’ai trouvé l’idée plus qu’interressante! Ca te met dans une atmosphère tropicale et cette chaleur va au dela de l’écriture : elle t’enveloppe!

Autant pour son histoire : les filles du roman forment une lignée condamnée par une fatalité! Mais pas que, il y aussi une histoire d’amour (ben vi!) une vraie pourtant improbable au départ! Ca parle aussi des liens filiaux, de la transmission familiale, en bref de l’hérédité!!

‘Ce que je sais de Vera Candida’ puise au coeur de l’hérédité qui bat en chacun pour mieux saisir l’inconstance du destin!

 

Pour en savoir plus sur cet ouvrage clique ici (Vidéo de l’Auteur)

 

 

 

Extrait du Livre

Le retour de la femme jaguar
Quand on lui apprend qu’elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna. Elle sait qu’il lui faut retrouver la petite cabane au bord de la mer, s’asseoir sur le tabouret dehors et respirer l’odeur des jacarandas mêlée à celle, plus intime, plus vivante, si vivante qu’on en sent déjà poindre la fin, celle pourrissante et douce de l’iode qui sature l’atmosphère de Vatapuna. Elle se voit déjà, les chevilles sur le bord d’une caisse, les mains croisées sur le ventre, le dos si étroitement collé aux planches qu’il en épousera la moindre écharde, le moindre noeud, le plus infime des poinçons des termites géants.

Tout au long du voyage en minibus qui l’emmène du port de Nuatu jusqu’à Vatapuna, Vera Candida somnole en goûtant à l’avance la lenteur du temps tel qu’il passe à Vatapuna.

Vera Candida sait qu’en revenant à Vatapuna, elle récupérera son horloge. Celle qui ne ment jamais, qui ne fait pas disparaître comme par un enchantement malin les heures pleines, celle qui ne dévore rien et égrène avec précision, et une impartialité réconfortante, les minutes, qu’elles soient les dernières ou qu’elles ponctuent une vie encore inestimablement longue.

Il y a longtemps de cela, Vera Candida a perdu son horloge. C’est arrivé quand elle a quitté Vatapuna vingt-quatre ans auparavant. Elle avait pris dans le sens inverse le même minibus que celui-ci – moins rouillé sans doute, moins rafistolé avec des tendeurs et du gros scotch noir, moins bringuebalant et bruyant, moins sale, la route n’était pas encore visible sous les pieds quand on soulevait le tapis de sol, les pneus étaient moins lisses, mais le chauffeur était le même, des grigris jumeaux se balançaient au rétroviseur, juste empoussiérés maintenant et plus ternes, la radio diffusait déjà une soupe inaudible et criaillante, une sorte de continu crachotement de sorcière.

Vera Candida est seule dans le minibus, elle n’a plus de bébé dans le ventre, mais quelque chose de moins étranger et de plus destructeur, et elle n’a plus quinze ans.

Terminus, gueule le chauffeur.

Vera Candida s’empare de son sac à dos, elle le glisse sur ses épaules, les sangles lui blessent la peau, elle grimace, se dit, C’est ainsi que je sais que je faiblis, le type la regarde descendre, il se penche vers elle quand elle est sur la chaussée:

Je vous connais? lance-t-il.

Elle se retourne et le fixe. Il paraît gêné. Il dit:

Je croyais que je vous connaissais. Mais je vois tellement de gens.

Il fait un geste rond qui englobe la rue et les alentours déserts.

Vous ne pouvez pas me connaître, répond-elle. Elle sourit pour ne pas paraître trop abrupte. Elle sait quelle impression elle peut produire; elle a trente-neuf ans, à cet âge on sait quelle impression on produit sur ses contemporains. Elle devine le malaise du chauffeur, Vera Candida a le regard azur et féroce, ce qui coïncide mal. Elle a, depuis qu’elle est née, toujours gardé les sourcils froncés. Il y a des gens qui ne regardent jamais leur interlocuteur dans les yeux mais juste au-dessus, sur le point le plus bas du front, et ce décalage crée un trouble indéfinissable. Vera Candida a ce genre de regard, c’est comme un muscle de son visage qui serait toujours crispé, une malformation congénitale, impossible d’avoir l’air doux et attendri. Déjà minuscule, Vera Candida ne lâchait personne avec sa scrutation, elle semblait percer chacun à jour – sans que cela fût vrai d’ailleurs, Vera Candida n’avait pas ce pouvoir, elle ne faisait que fixer les gens comme l’aurait fait un bébé jaguar. Et on n’avait qu’une envie, c’était de décamper le plus vite possible.

Le chauffeur referme la porte coulissante et démarre.

Vera Candida pose son sac, elle respire l’odeur des palétuviers, la poussière de la route, le gasoil, et les effluves du matin caraïbe – le ragoût et les beignets -, elle perçoit le jacassement des télés et des radios par les fenêtres ouvertes – il doit être sept heures sept heures trente, estime-t-elle -, le ressac de la mer en arrière-plan, un chuintement discret, elle reprend son sac et traverse le village, se dirige vers la cabane qu’elle a quittée vingt-quatre ans auparavant.

Il y a un snack à la place.

Une baraque en tôle cadenassée. Vera Candida s’approche pour jeter un oeil à travers la porte vitrée, les relents persistants de graillon lui rappellent l’état de son estomac, elle se sent nauséeuse, elle jure entre ses dents, Putain de putain, elle s’attendait de toute façon à ce que la cabane en bois ait été rasée, c’était couru d’avance, elle le savait, n’est-ce pas, avant d’avoir entrepris le voyage, alors pourquoi a-t-elle entrepris ce voyage, elle entrevoit des tabourets retournés sur les deux tables et un comptoir bricolé avec du bois de récupération, elle s’assoit sur son sac et reprend son souffle, elle croise ses mains devant elle, voit ses doigts se superposer les uns aux autres, elle pense à ce que charrie son sang, elle pense à son corps qui déclare peu à peu forfait, elle a la tentation de se laisser aller à un désespoir tranquille. Elle ne se sent pas si mal, elle se sent juste en proie à la fatalité.

Pssst, entend-elle.

Elle lève le nez et aperçoit sur sa gauche, à travers le grillage, une petite vieille, les doigts accrochés au fil de fer, debout dans son jardin pelé, qui lui sourit d’un sourire de nourrisson édenté.

Pssst, répète-t-elle.

Vera Candida se remet sur ses pieds et se dirige vers la vieille, soupçonnant que la voix de celle-ci ne pourra venir jusqu’à elle, elle s’approche tout près de la vieille femme qui porte des breloques brillantes autour du cou, des médailles surdimensionnées et des sautoirs en strass, on dirait un catcheur, elle a l’air d’avoir sorti la totalité de son coffre à bijoux et enfilé tout ce que ses cervicales peuvent encore endurer, elle a un oeil morne et un oeil pétillant, elle semble avoir cent dix ans. Vera Candida regarde les doigts de la vieille accrochés au grillage comme des griffes de serin, elle dit, Bonjour.

Tu es Vera Candida, rétorque la vieille de sa toute petite voix. Elle toussote et ajoute, Ta grand-mère m’avait bien dit que tu reviendrais.

VATAPUNA

Les deux métiers de Rose Bustamente

Rose Bustamente, la grand-mère maternelle de Vera Candida, avant de devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants de ce bout de mer, avait été la plus jolie pute de Vatapuna

Répudiée à quatorze ans par sa mère parce qu’elle n’était plus vierge, Rose Bustamente, avait vécu chez des cousins sur les hauteurs de Vatapuna. Les cousins en question étaient ceux dont les fils avaient fréquenté d’un peu trop près Rose Bustamente. On n’avait pas su si c’était pour cette raison qu’ils l’avaient accueillie chez eux. Ils l’hébergèrent pendant quelque temps avec une sorte d’indifférence fruste comme si elle avait été une biquette de plus.

Rose Bustamente avait fini par descendre à Vatapuna et faire ce que sa mère avait prédit qu’elle ferait: elle s’était mise à son compte dans la cabane, aujourd’hui transformée en snack miteux. Ses clients pouvaient baiser avec elle pour une somme raisonnable en écoutant la mer qui toussotait sur la plage tout devant, à l’abri derrière la portière en capsules plastique multicolores.

A quarante ans, se considérant trop vieille pour continuer son ministère, Rose avait cessé d’être pute. Elle ne se voyait pas travailler exclusivement de nuit pour ne pas effaroucher le chaland et n’imaginait pas se faire toute petite sur sa paillasse afin que ses rondeurs amollies passent pour des plis du drap. Elle s’était acheté une barcasse, une épuisette et un chapeau à large bord et s’était mise à pêcher les poissons volants (ou plutôt à les attraper comme s’ils avaient été des papillons) pour les vendre au marché le mercredi et le samedi. Elle était habile, délicate et dure à la tâche, toutes qualités qui lui avaient fort servi dans ses deux métiers.

Jusque-là Rose n’avait pas eu d’enfant parce qu’elle ne le pouvait pas, ce qui avait été bien pratique. Elle trouvait le monde assez instable et violent pour se réjouir ouvertement de n’avoir pu enfanter.

Très peu pour moi, disait-elle, assise à son étal sur le marché, à une ou deux vieilles commères près d’elle qui lui enviaient ses poissons volants et les bracelets qu’elle portait au poignet. J’ai le ventre sec et la vie plus simple. Et les vieilles acquiesçaient en la plaignant et en la jalousant tout à la fois, causant dès qu’elle avait son joli dos tourné, Elle fanfaronne mais elle est bien malheureuse, la pauvresse, personne ne s’occupera d’elle dans ses vieux jours, ni mari ni enfants, oubliant, les cousines, combien leurs maris étaient choses volatiles et que leurs enfants avaient eu tôt fait de quitter la cabane pour tenter de voler de leurs propres ailes, s’abstenant de retourner auprès de leur vieille maman même dans ses dernières heures.

Rose n’avait jamais été importunée à cause de son premier métier, ni pendant qu’elle l’exerçait ni après qu’elle l’avait abandonné. Les femmes avaient été assez naïves pour penser qu’avec une Rose au village leurs hommes n’iraient jamais chercher plus loin et elles étaient assez rouées pour lui être reconnaissantes de faire ce qu’elles-mêmes ne voulaient plus faire aussi souvent et avec d’aussi jolies simagrées qu’au début de leur mariage.

Rose avait donc eu la paix pendant des années et sa vie ne se compliqua qu’avec l’arrivée de Jeronimo à Vatapuna.

Blanche avec des ailerons

Rose connaissait déjà deux trois choses à propos de Jeronimo quand elle apprit qu’il approchait du village. Sa réputation l’avait précédé comme c’est le cas pour tous les brigands, les joueurs professionnels ou les play-boys aux yeux verts. Même dans cet endroit reculé du monde, à l’extrémité ouest de l’île, dans le village de Vatapuna, on avait eu vent de Jeronimo.

Ce fut au marché que Rose fut informée de son arrivée. On avait l’impression d’entendre parler d’un cyclone, trajet, force des vents, espoir d’y échapper, certitude de finalement se retrouver pile au centre de son oeil. Rose vendait ses poissons volants sans se préoccuper outre mesure de la rumeur, elle avait mis au point des techniques d’évitement, l’air d’être là sans y être, le sourire entendu, le hochement de tête, une absence étudiée et bienveillante comme si tout cela ne l’affectait pas directement, elle aurait bien aimé certes être concernée, mais, allez savoir pourquoi, les rumeurs ne réussissaient jamais à la passionner ou à la faire sortir de ses gonds.

Bonne Lecture!

 

LA LISTE DE MES ENVIES

C’est Lundi c’est reparti pour une semaine de guedin!

J’ai eu l’occasion entre deux réunions de chantiers pour ma maison, la rentrée des classes, de lire un peu!

Si si même moi j’en suis pas revenue! Alors je sais pas si c’est parce que plus t’es à fond plus t’as envie de faire des trucs ou si c’est aussi le livre que j’ai lu qui m’a plu! Les deux mon capitaine!

Je me suis lancée dans la lecture de La Liste de mes Envies comme ça sur un coup de tête car un copain m’en avait parlé alors j’ai même pas regardé la préface que j’étais déjà rentré dans le roman!

 

C’est quoi l’histoire ?

Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras.

Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin.

Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières.

Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie.

Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée.

Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.

C’est qui l’auteur ?

Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt publie son premier article pour ‘Le Monde’ en 1978.

Il s’engage ensuite dans une carrière de publicitaire et crée même sa propre agence. On lui doit ces fameux slogans :
– Vous n’aviez jamais mangé de camembert ( Cœur de Lion)
– Nous vous devons plus que la lumière ( EDF)
– Un Lutti d’offert, c’est un Lutti de perdu ( Lutti). En 2011

Il publie ‘L’ écrivain de la famille’, son premier roman, qui reçoit le prix Marcel Pagnol. En 2012 sort son deuxième roman ‘La liste de mes envies’, qui rencontre un succès commercial considérable.

Ce que j’en pense ?

Ce roman se lit très vite! J’ai bien aimé Jo avec sa personnalité douce, attachante et réfléchie! Puis bon Jo elle a quand même un blog quoi! Oui elle est blogueuse (dixdoigtsdor) car Jo elle tient une mercerie du coup elle partage ses talents sur le net!

J’ai bien aimé le ton du livre pas prise de tête :  simple, efficace et  plein d’humour! Les sous entendus sont toujours justes!

Alors oui le sujet est un peu facile : l’Argent fait il le bonheur ? Vaste question que ceux qui sont riches  peuvent répondre nan ?

Jo, elle gagne à l’euro million (c’est plus tendance que le loto je trouve!) bon ben pourquoi pas moi je dis!! Alors que va t-elle faire de tout cet argent hein ? ben tu le liras tu verras! Du coup ben Jo elle fait des listes pour ses achats futurs ou pas…

Puis Jo elle habite à Arras oui ben c’est pas trop glam’s (enfin en tout cas l’auteur nous le vend comme ça!) alors ça se moque un peu des habitants (ces deux amies coiffeuses!)…Jo elle a des rêves plein la tête, une femme quoi!

Mais ce livre traite aussi de l’Amour (dure t-il toujours ?), de la perte d’un enfant (le deuil), des problème de confiance en soi, de la vie en générale quoi!

Mais comment Grégoire Delacourt a t-il  été capable de se glisser dans le corps et dans la tête d’une femme pendant tout un roman?!

J’ai pas entendu de bonnes critiques autour de moi concernant ce bouquin!

Mais j’ai aimé sa fraîcheur et sa légèreté, peut être aussi parce que dans ma rentrée ça m’a fait du bien de lire un truc agréable!!

Extrait du livre

On se ment toujours.
Je sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n’ai pas des yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu’on plonge les sauver. Je n’ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J’ai un corps dont les bras d’un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour. Je n’ai pas la grâce de celles à qui l’on murmure de longues phrases, avec des soupirs en guise de ponctuation ; non. J’appelle plutôt la phrase courte. La formule brutale. L’os du désir, sans la couenne ; sans le gras confortable.
Je sais tout ça.
Et pourtant, lorsque Jo n’est pas encore rentré, il m’arrive de monter dans notre chambre et de me planter devant le miroir de notre armoire-penderie – il faut que je lui rappelle de la fixer au mur avant qu’n de ces jours, elle ne m’écrabouille pendant ma contemplation.
Je ferme alors les yeux et je me déshabille doucement, comme personne ne m’a jamais déshabillée. J’ai chaque fois un peu froid ; je frissonne. Quand je suis tout à fait nue, j’attends un peu avant d’ouvrir les yeux. Je savoure. Je vagabonde. Je rêve. Je revois les corps émouvants alanguis dans les livres de peinture qui trainaient chez nous ; plus tard, les corps plus crus des magazines.
Puis je relève doucement mes paupières, comme au ralenti.
Je regarde mon corps, mes yeux noirs, mes seins petits, ma bouée de chair, ma forêt de poils sombres et je me trouve belle et je vous jure qu’à cet instant, je suis belle, très belle même.
Cette beauté me rend profondément heureuse. Terriblement forte.
Elle me fait oublier les choses vilaines. La mercerie un peu ennuyeuse. Les parlottes et le loto de Danièle et Françoise – les jumelles qui tiennent le salon Coiff’ Esthétique voisin de la mercerie. Elle me fait oublier les choses immobiles, cette beauté. Comme cette ville épouvantable, sans aéroport ; cette ville grise d’où l’ont peut ne s’enfuir et où personne n’arrive jamais, aucun voleur de cœur, aucun chevalier blanc sur un cheval blanc.
Arras. 42 000 habitants, 4 hypermarchés, 11 supermarchés, 4 fast-foods, quelques rues médiévales, une plaque rue du Miroir-de-Venise qui indique aux passants et aux oublieux qu’ici est né Eugène-François Vidocq le 24 juillet 1775. Et puis ma mercerie.
Nue, si belle devant le miroir, il me semble qu’il suffirait juste de battre des bras pour que je m’envole, légère, gracieuse. Que mon corps rejoigne ceux des livres d’art qui traînaient dans la maison de mon enfance. Il serait alors aussi beau qu’eux ; définitivement.
Mais je n’ose jamais.
Le bruit de Jo, en bas, me surprend toujours. Un accroc dans la soie de mon rêve. Je me rhabille à la va-vite. L’ombre couvre la clarté de ma peau. Je sais la beauté rare sous mes habits. Mais Jo ne la voit jamais.
Une fois, il m’a dit que j’étais belle. Il y a plus de vingt ans et j’avais un peu plus de vingt ans. J’étais joliment vêtue, une robe bleue, une ceinture dorée, un faux air de Dior ; il voulait coucher avec moi. Son compliment eut raison de mes jolis vêtements.
Vous voyez, on se ment toujours.
Parce que l’amour ne résisterait pas à la vérité.

Bonne Lecture!

 

RIEN NE S OPPOSE À LA NUIT DE DELPHINE DE VIGAN

Bonjour tout le monde! Me revoiloù après quelques jours d’éscapade dans le Sud 🙂

Je sais pas si t’es comme moi, mais l’Été est propice à la lecture! Mon dernier roman en date est le célébrissime roman de l’année 2011 ‘Rien ne s’oppose à la nuit” de Dephine de Vigan.

C’est quoi l’histoire ?

La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.

C’est qui l’auteur ?

Apparue discrètement sur la scène littéraire, Delphine de Vigan a su se faire une place de choix parmi les écrivains français. Directrice d’études dans un institut de sondages, la jeune femme écrit le soir, sans prétendre à la carrière de romancière qui sera la sienne, avant de pouvoir vivre de sa plume.

Après la parution, en 2001, d’un premier récit d’inspiration autobiographique intitulé ‘Jours sans faim’, c’est avec le recueil de nouvelles ‘Les Jolis Garçons’ et le roman ‘Un soir de décembre’, deux ouvrages sur le thème de la désillusion amoureuse, que l’écrivain gagne le coeur d’un large public.

Un bouche à oreille enthousiaste contribue au triomphe de ‘No et moi’, l’histoire d’une rencontre entre une adolescente surdouée et une jeune SDF qui vaut à son auteur d’être plébiscitée par les libraires (Prix des libraires 2009) et les lecteurs. Mêlant avec justesse les dimensions sociale et intime, l’écrivain poursuit dans ce registre avec le roman ‘Les Heures souterraines’, paru en 2009. En 2010 sort l’adaptation cinématographique de ‘No et moi’ par Zabou Breitman.

Son roman ‘Rien ne s’oppose à la nuit‘ est publié en août 2011 par les éditions JC Lattès.

 

Ce que j’en pense ?

A y’ai je l’ai enfin lu! Mon entourage m’en avait souvent parlé mais je me sentais pas prête à le lire!

C’est un sujet pas facile qu’aborde Delphine de Vigan (l’auteur) : retracé la parcours de sa mère… Ce roman est autobiographique. Alors au premier abord j’étais pas très encline à lire ce genre de thème, puis en faisant le plein de bouquin pour l’Été je me suis laissée tenter!

Et je n’ai pas été déçue, au contraire c’est un roman riche en émotion, très bien écrit si bien que dans certaines scènes j’avais l’impression d’être à côté des personnages du livre! Ce roman est sans langue de bois, il est réaliste parle de la famille (et quelle famille!).

Delphine de Vigan a découpé son roman en trois partie:

1- l’histoire de sa grand mère Liane
ma partie préférée, Liane est une grand mère un peu Olé Olé mais avec aussi les travers de l’époque : les non dits… très belle description de la où finalement tout a commencer!

2- L’histoire de sa mère : Lucile
Lucile semble une pièce rapportée, elle ne semble pas vouloir s’intégrer, elle veut être libre sans être responsable, elle veut être légère et nostalgique d’une vision du monde qu’elle ne fait que fantasmer. Lucile est malade dans ce monde, dans son monde. Lucile fera deux enfants, aimera, vivra, et puis ne pourra plus faire semblant.

3- son histoire ainsi que son ressenti : Delphine
Delphine de Vigan interroge cette histoire qui lui est si proche et encore si douloureuse.

On peut dire que certaines familles ne sont pas épargnées et celle ci en fait partie… Pas fastoche l’enfance et l’adolescence de Delphine de Vigan, au même titre que pas simple non plus pour Lucile (sa mère) de trouver sa place dans cette famille et même dans le monde qui l’entourait.

J’admire le travail de l’auteure sur son travail de recherche pour avoir décortiquer la  chronologie de son histoire, j’admire aussi son intégrité, son honnêteté par rapport à ses sentiments mais surtout le courage d’écrire sur sa mère Lucile 3ème enfant d’une fratrie de 9 belle comme le jour (voir la photo de couverture!).

Contrairement à d’autres je n’ai pas pleuré en lisant ce livre, parfois émue de la justesse du verbe concernant la vision qu’à l’auteur sur sa mère…

Un roman poignant d’émotion (voir bouleversant aussi parfois…) que je te laisse découvrir cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, cela fera écho à ta propre vie, à tes propres blessures…

 

Extrait du livre “Rien ne s’oppose à la nuit”

Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l’ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d’encre, au pli des phalanges.

Ma mère était morte depuis plusieurs jours.

J’ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le comprendre, malgré l’évidence de la situation (ma mère était allongée sur son lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et fébrile, jusqu’au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs minutes d’apnée. Encore aujourd’hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu mettre tant de temps à accepter l’information qui gisait devant lui ? Ce n’est pas la seule interrogation que sa mort m’a laissée.

Quatre ou cinq semaines plus tard, dans un état d’hébétude d’une rare opacité, je recevais le prix des libraires pour un roman dont l’un des personnages était une mère murée et retirée de tout qui, après des années de silence, retrouvait l’usage des mots. A la mienne j’avais donné le livre avant sa parution, fière sans doute d’être venue à bout d’un nouveau roman, consciente cependant, même à travers la fiction, d’agiter le couteau dans la plaie.

Je n’ai aucun souvenir du lieu où se passait la remise du prix, ni de la cérémonie elle-même. La terreur je crois ne m’avait pas quittée ; je souriais pourtant. Quelques années plus tôt, au père de mes enfants qui me reprochait d’être dans la fuite en avant (il évoquait cette capacité exaspérante à faire bonne figure en toute circonstance), j’avais répondu pompeusement que j’étais dans la vie.

Je souriais aussi au dîner qui fut donné en mon honneur, ma seule préoccupation étant de tenir debout, puis assise, de ne pas m’effondrer d’un seul coup dans mon assiette, dans un mouvement de plongeon similaire à celui qui m’avait projetée, à l’âge de douze ans, la tête la première dans une piscine vide. Je me souviens de la dimension physique, voire athlétique, que revêtait cet effort, tenir, oui, même si personne n’était dupe. Il me semblait qu’il valait mieux contenir le chagrin, le ficeler, l’étouffer, le faire taire, jusqu’au moment où enfin je me retrouverais seule, plutôt que me laisser aller à ce qui n’aurait pu être qu’un long hurlement ou, pire encore, un râle, et m’eût sans aucun doute plaquée au sol. Au cours des derniers mois les évènements qui me concernaient s’étaient singulièrement précipités, et la vie, cette fois encore, fixait la barre trop haut. Ainsi, me semblait-il, le temps de la chute, n’y avait-il rien d’autre à faire que bonne figure, ou bien faire face (quitte à faire semblant).

Et pour cela je sais depuis longtemps qu’il est préférable de se tenir debout que couché, et d’éviter de regarder en bas.

Dans les mois qui ont suivi j’ai écrit un autre livre sur lequel je prenais des notes depuis plusieurs mois. Avec le recul j’ignore comment cela a été possible, si ce n’est qu’il n’y avait rien d’autre, une fois que mes enfants étaient partis à l’école et que j’étais dans le vide, rien d’autre que cette chaise devant l’ordinateur allumé, je veux dire pas d’autre endroit où m’asseoir, où me poser. Après onze années passées dans la même entreprise – et un long bras de fer qui m’avait laissée exsangue – je venais d’être licenciée, consciente d’en éprouver un certain vertige, quand j’ai trouvé Lucile chez elle, si bleue et si immobile, et alors le vertige s’est transformé en terreur puis la terreur en brouillard. J’ai écrit chaque jour, et je suis seule à savoir combien ce livre qui n’a rien à voir avec ma mère est empreint pourtant de sa mort et de l’humeur dans laquelle elle m’a laissée. Et puis le livre a paru, sans ma mère pour laisser sur mon répondeur les messages les plus comiques qui fussent au sujet de mes prestations télévisées.

Un soir de ce même hiver, alors que nous rentrions d’un rendez-vous chez le dentiste et marchions côte à côte sur le trottoir étroit de la rue de la Folie-Méricourt, mon fils m’a demandé, sans préavis et sans que rien, dans la conversation qui avait précédé, ait pu l’amener à cette question :

– Grand-mère… elle s’est suicidée, en quelque sorte ?

Encore aujourd’hui quand j’y pense cette question me bouleverse, non pas son sens mais sa forme, ce en quelque sorte dans la bouche d’un enfant de neuf ans, une précaution à mon endroit, une manière de tâter le terrain, d’y aller sur la pointe des pieds. Mais peut-être était-ce de sa part une véritable interrogation : compte tenu des circonstances, la mort de Lucile devait-elle être considérée comme un suicide ?

Le jour où j’ai trouvé ma mère chez elle, je n’ai pas pu récupérer mes enfants. Ils sont restés chez leur père. Le lendemain je leur ai annoncé la mort de leur grand-mère, je crois que j’ai dit quelque chose comme “Grand-mère est morte” et, en réponse aux questions qu’ils me posaient : “elle a choisi de s’endormir” (pourtant j’ai lu Françoise Dolto). Quelques semaines plus tard, mon fils me rappelait à l’ordre : un chat s’appelait un chat. Grand-mère s’était suicidée, oui, foutue en l’air, elle avait baissé le rideau, déclaré forfait, lâché l’affaire, elle avait dit stop, basta, terminado, et elle avait de bonnes raisons d’en arriver là.

Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle, ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens aux plus récents, histoire de me prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j’ai chassé les phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d’un souvenir, autant de débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas entendre le premier mot, j’ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j’encourais à entreprendre un tel chantier.

Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop casse-gueule en résumé.

J’ai laissé ma soeur récupérer les lettres, les papiers et les textes écrits par Lucile, en constituer une malle spéciale qu’elle descendrait bientôt dans sa cave.

Je n’avais ni la place ni la force.

Et puis j’ai appris à penser à Lucile sans que mon souffle en soit coupé : sa manière de marcher, le haut du corps penché en avant, son sac tenu en bandoulière et plaqué sur la hanche, sa manière de tenir sa cigarette, écrasée entre ses doigts, de foncer tête baissée dans le wagon du métro, le tremblement de ses mains, la précision de son vocabulaire, son rire bref, qui semblait l’étonner elle-même, les variations de sa voix sous l’emprise d’une émotion dont son visage ne portait parfois aucune trace.

J’ai pensé que je ne devais rien oublier de son humour à froid, fantasmatique, et de sa singulière aptitude à la fantaisie.

J’ai pensé que Lucile avait été successivement amoureuse de Marcello Mastroianni (elle précisait : “vous m’en mettrez une demi-douzaine”), de Joshka Schidlow (un critique théâtre de Télérama qu’elle n’avait jamais vu mais dont elle louait la plume et l’intelligence), d’un homme d’affaires prénommé Edouard, dont nous n’avons jamais connu la véritable identité, de Graham, un authentique clochard du 14e arrondissement, violoniste à ses heures et mort assassiné. Je ne parle pas des hommes qui ont vraiment partagé sa vie. J’ai pensé que ma mère avait dégusté une poule au pot avec Claude Monet et Emmanuel Kant, lors d’une même soirée dans une banlieue lointaine dont elle était rentrée par le RER, et s’était vue privée de chéquier pendant des années pour avoir distribué son argent dans la rue. J’ai pensé que ma mère avait contrôlé le système informatique de son entreprise, ainsi que l’ensemble du réseau RATP, et dansé sur les tables des cafés.

Je ne sais plus à quel moment j’ai capitulé, peut-être le jour où j’ai compris combien l’écriture, mon écriture, était liée à elle, à ses fictions, ces moments de délire où la vie lui était devenue si lourde qu’il lui avait fallu s’en échapper, où sa douleur n’avait pu s’exprimer que par la fable.

Alors j’ai demandé à ses frères et soeurs de me parler d’elle, de me raconter. Je les ai enregistrés, eux et d’autres, qui avaient connu Lucile et la famille joyeuse et dévastée qui est la nôtre. J’ai stocké des heures de paroles numériques sur mon ordinateur, des heures chargées de souvenirs, de silences, de larmes et de soupirs, de rires et de confidences.

J’ai demandé à ma soeur de récupérer dans sa cave les lettres, les écrits, les dessins, j’ai cherché, fouillé, gratté, déterré, exhumé. J’ai passé des heures à lire et à relire, à regarder des films, des photos, j’ai reposé les mêmes questions, et d’autres encore.

Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère.

Depuis plus d’une heure Lucile observait ses frères, leur élan du sol à la pierre, de la pierre à l’arbre, de l’arbre au sol, dans un ballet discontinu qu’elle avait du mal à suivre, rassemblés maintenant en cercle autour de ce qu’elle avait deviné être un insecte mais qu’elle ne pouvait voir, aussitôt rejoints par leurs soeurs, fébriles et empressées, qui tentaient de se frayer une place au milieu du groupe. Au vu de la bestiole, les filles poussèrent des hurlements, on croirait qu’on les égorge avait pensé Lucile, tant leurs cris étaient stridents, ceux de Lisbeth surtout, qui sautait comme un cabri tandis que Justine appelait Lucile de sa voix la plus perçante, afin qu’elle vînt voir sans plus attendre. Dans sa robe en crêpe de soie claire, les jambes croisées de telle sorte que rien ne pût se froisser, ses socquettes tirées sans un pli sur ses chevilles, Lucile n’avait aucune intention de bouger. Assise sur son banc, elle ne perdait pas une seconde de la scène qui se jouait devant elle, mais, pour rien au monde, n’eût réduit la distance qui la séparait de ses frères et soeurs, auxquels d’ailleurs s’étaient joints d’autres enfants attirés par les cris. Chaque jeudi, Liane, leur mère, envoyait sa marmaille au square, sans exception aucune, les plus grands ayant pour mission de surveiller les petits, et pour unique consigne de ne pas revenir avant deux heures. Dans un bruit de fanfare, la fratrie quittait l’appartement de la rue de Maubeuge, descendait les cinq étages, traversait la rue Lamartine puis la rue de Rochechouart, avant d’entrer dans le square, triomphante et remarquable, car nul ne pouvait ignorer ces enfants que seulement quelques mois séparaient les uns des autres, leur blondeur qui confinait au blanc, leurs yeux clairs et leurs jeux bruyants. Pendant ce temps, Liane s’allongeait sur le premier lit venu et dormait d’un sommeil de plomb, deux heures de silence pour récupérer des grossesses, des accouchements et des allaitements répétés, des nuits entrecoupées de pleurs et de cauchemars, des lessives et des couches sales, des repas qui revenaient sans trêve.

Lucile toujours s’installait sur le même banc, un peu à l’écart, mais suffisamment proche du point stratégique que constituaient les trapèzes et les balançoires, idéal pour une vision d’ensemble. Parfois elle acceptait de jouer avec les autres, parfois elle restait là, à trier dans sa tête, expliquait-elle, mais elle ne précisait jamais quoi, ou seulement d’un geste vague désignait l’alentour. Lucile triait les cris, les rires, les pleurs, les allées et venues, le bruit et le mouvement perpétuels dans lesquels elle vivait. Quoi qu’il en soit, Liane était de nouveau enceinte, ils seraient bientôt sept, puis sans doute huit et peut-être davantage. Parfois Lucile se demandait s’il y avait une limite à la fécondité de sa mère, si son ventre pouvait ainsi se remplir et se vider sans fin, et produire des bébés roses et lisses que Liane dévorait de son rire et de ses baisers. Mais peut-être les femmes étaient-elles soumises à un nombre d’enfants limité que Liane aurait bientôt atteint et qui, enfin, laisserait son corps inoccupé. Les pieds dans le vide, assise exactement au milieu du banc, Lucile pensait au bébé à venir, dont la naissance était prévue pour le mois de novembre. Un bébé noir. Car tous les soirs, avant de s’endormir dans la chambre des filles qui contenait déjà trois lits, Lucile rêvait d’une petite soeur d’un noir absolu, irrémédiable, dodue et luisante comme un boudin, que ses frères et soeurs n’oseraient approcher, une petite soeur dont personne ne comprendrait les pleurs, qui hurlerait sans cesse et que ses parents finiraient par lui céder. Lucile prendrait le bébé sous son aile et dans son lit, et serait la seule, elle qui pourtant haïssait les poupées, à pouvoir s’en occuper. Le bébé noir dorénavant s’appellerait Max, comme le mari de Madame Estoquet, sa maîtresse, qui était routier. Le bébé noir sans restriction lui appartiendrait, lui obéirait en toute circonstance, et la protégerait.

Les cris de Justine sortirent Lucile de ses pensées. Milo avait mis le feu à l’insecte qui avait flambé en moins d’une seconde. Justine s’était réfugiée dans les jambes de Lucile, son petit corps secoué par les sanglots, et la tête posée sur ses genoux. Tandis que Lucile caressait les cheveux de sa soeur, elle aperçut le filet de morve verte qui coulait sur sa robe. Ce n’était pas le jour. D’un geste ferme elle releva le visage de Justine, lui ordonna d’aller se moucher. La petite voulait lui montrer le cadavre, Lucile finit par se lever. De la bête il ne restait que quelques cendres et un bout de carapace racorni. Du pied, Lucile les recouvrit de sable, puis leva la jambe et cracha dans sa main pour frotter sa sandale. Ensuite elle sortit un kleenex de sa poche, essuya les larmes et le nez de Justine avant de prendre son visage entre ses mains pour l’embrasser, un baiser sonore comme ceux de Liane, les lèvres bien collées sur la rondeur des joues.

Bonne lecture!

 

LA DAME QUI AIMAIT LES TOILETTES PROPRES

Hey c’est Lundi! Ton week end s’est bien déroulé ? Le mien plutôt bien, je l’ai passé à lire au soleil! Du coup ben je t’en parle ce matin! Un bouquin tout mince, tout bien ficelé!

 

C’est qui l’auteur ?

James Patrick Donleavy est un romancier américain naturalisé irlandais, il est né de parents irlandais. Il a servi dans l’US Navy pendant la deuxième guerre mondiale. Il a ensuite fait ses études en Irlande.

Parodie, humour, grotesque caractérisent ses récits sur la modernité américaine (l’Homme de gingembre, 1955 ; la Destinée de Darcy Dancer, 1977 ; Mon Irlande avec tous ses péchés et certaines de ses grâces, 1986 ; La dame qui voulait des toilettes propres, 1998).

C’est quoi l’Histoire ?

Jocelyn Guenevere Marchantière Jones, quarante-deux ans, milieu huppé, résidence superbe près de New York, est plaquée par son mari, ignorée par ses enfants et nouée par son homme d’affaires, qui dilapide la coquette pension de son divorce. C’est le début d’une implacable spirale.

Brièvement serveuse, elle envisage de devenir prostituée ou nonne, puis caresse l’idée du suicide. Elevée par sa grand-mère pour demeurer une ” dame ” en toutes circonstances, elle est obsédée par l’idée de se soulager uniquement dans des toilettes immaculées. Par une extraordinaire ironie du destin, c’est dans un établissement funéraire aux toilettes divines que sa vie bascule…

Ce que j’en pense ?

Je l’ai lu d’une traite sans interruption (wouais je suis comme ça parfois!) et j’ai bien aimé cette histoire un peu rocambolesque!

Joy est un personnage un peu atypique, un peu crue sans jamais être vulgaire! Une femme éduquée pour être une Dame! Seulement voilà, sa vie bascule du moment ou Steve (son mari) la quitte pour une actrice blonde et plus jeune (cliché nan ?!). lui reste ses enfants me diras tu mais là pareil s’en fichent un peu de leur mère qu’ils estiment un peu instable psychologiquement!

Bon faut dire aussi que Joy est parfois un peu bordeline hein (fracasser la télé en lui tirant à bout portant avec une arme)… Du coup Elle se retrouve seule, fauchée (oui parce qu’elle a mal placé son fric) sans domicile bref un peu la misère quoi! Mais Joy est pleine de ressource, ne se laisse pas abattre et son hobbie dans la vie : trouver des toilettes immaculées dans des lieux publics : Hôtel de luxe, établissement funéraire… Elle est un peu farfelue Joy c’est ce qui fait son charme (je t’en dis pas plus pour pas gâcher la surprise!).

J’ai bien aimé l’épisode du diner avec ses voisins et tout le gratin (une belle caricature de la société américaine!), j’ai évidemment adoré la chute du livre!

Ce bouquin est : cynique, drôle, caustique, sombre… rocambolesque !!

A lire partout, dans le métro, entre midi et deux au bureau, bref un bon moment de détente…

Bonne Lecture!

 

 

LA VIE EST BREVE ET LE DESIR SANS FIN : LAPEYRE PATRICK

Et si on parlait bouquin un peu! Ces derniers temps j’ai pris le temps de Lire! et j’aime bien ça!

Celui ci je l’ai choisi un peu par hasard, enfin presque, il a eu le prix fémina (ben vi je suis influençable je sais!) et je trouvais que le titre était plutôt accrocheur!  Du coup hop dans mon sac le bouquin!

Et effectivement j’ai pas mis longtemps à le lire! Parce que oui t’as juste envie de savoir comment ça va se terminer d’ailleurs à la fin, à la page …. Nan je ne vais te raconter la fin ca va… quoique…

 

La vie est brève est le désir sans fin – Patrick LAPEYRE – POL, 2010 (Folio, 2012) — Prix Femina 2010

C’est qui l’auteur de La vie est brève et le désir sans fin ?

Patrick Lapeyre est enseignant et a publié six livres en 20 ans. Une biographie on ne peut plus succinte, mais une écriture splendide : distante, amusée et triste, mais toujours avec des éclats d’humour. L’ écrivain Patrick Lapeyre a reçu le prix Femina 2010 pour son livre ‘La vie est brève et le désir sans fin’ (P.O.L.), roman à la fois mélancolique et sensuel sur un trio amoureux.

C’est quoi l’histoire ?

La vie est brève et le désir sans fin est un livre sur les affres de l’amour, vues du point de vue masculin. Il met en scène deux hommes, l’un marié, à Paris, l’autre pas, à Londres, tous les deux amoureux de la même femme, assez énigmatique, et qui va de l’un à l’autre. Il y a celui qui hésite, et celui qui attend, tous les deux souffrent. Comment choisir ? Qui choisir ? Ce roman est l’histoire d’une inépuisable et inéluctable souffrance amoureuse plus forte que tout.

Ce que j’en pense

J’ai aimé lire ce livre! Je me suis fait amie avec Louis Blériot (Oui comme l’aviateur!), j’ai suivi tous ses affres, ses doutes, ses questionnements, il est devenu en quelques pages l’homme à suivre!! Louis est un peu perdu, touchant à la fois, compulsif. Il y a aussi Nora (son amante) complètement barré, indépendante, jalouse, excessive, rayonnante, solaire… Une femme complexe quoi! Mais j’ai préféré le personnage de Louis, Nora est trop capricieuse, immature et border line mais l’auteur retranscris très bien leurs émotions, du coup tu peux vraiment t’identifier aux personnages!

Ce livre est teinté de gravité et de grâce, où l’humour, la douceur, le refus de la pesanteur ont autant leur place que la souffrance et le chagrin… je dirais qu’en fait ce n’est ni plus ni moins qu’une énième histoire d’amour (ou d’infidélité ça dépend comment on se place) mais raconter à travers 3 personnages dont 2 complètement fusionnels!!

Le petit plus : vivre cet histoire à travers les yeux et le coeur d’un homme : Louis Blériot, d’habitude on parle toujours des femmes, là ça change et c’est pas ininterressant!

L’écriture est simple, les phrases courtes! T’es dans l’ambiance tout de suite!

Bref t’as juste envie de tout lire même si parfois c’est pas super gai mais y’a des répliques qui m’ont bien fait sourire tellement elles sont justes : par exemple, de Louis et de Nora, s’embrassant « mais très, très légèrement, comme des gens soucieux de ne pas toucher à l’équilibre de la planète » — , ironise avec délicatesse sur les beautés et les complexités du difficile métier de vivre et d’aimer.

Cet auteur sait parler d’amour, de ses douleurs, de ses joies, de ses espoirs et désillusions, de manière très sensible.

Bref je te le conseille! Et toi tu lis quoi en ce moment ?

Extrait du livre

Le soleil sans vent commence à brûler. La voiture blanche est garée légèrement en contrebas de la route, à l’entrée d’un chemin creux bordé d’arbustes et de buissons de fougères.

À l’intérieur de la voiture, un homme aux cheveux hérissés paraît dormir les yeux ouverts, la tempe appuyée contre la vitre. Il a la peau mate, les yeux sombres avec de longs cils très fins pareils à des cils d’enfant.

L’homme s’appelle Blériot, il a quarante et un ans depuis peu, et porte ce jour-là – jour de l’Ascension – une petite cravate en cuir noir et des Converse rouges aux pieds. Pendant que les rares voitures semblent onduler sur la route à cause de la distorsion de la chaleur, il continue à scruter le paysage – les pâtures, les troupeaux qui cherchent l’ombre – aussi immobile sur son siège que s’il comptait mentalement chaque animal. Puis, sans jamais rompre le fil de son attention, il finit par s’extraire de la voiture en esquissant quelques mouvements d’assouplissement et en massant ses reins ankylosés, avant de s’installer jambes croisées sur le capot.

À un moment donné, son téléphone se met à sonner sur la banquette de la voiture, mais il ne bouge pas. On dirait qu’il n’est pas là.

Blériot a acquis ce pouvoir étrange d’être à la fois présent et absent sans entraînement ni travail particulier, uniquement en écoutant par hasard un morceau de piano pendant qu’il observait les volets de ses voisins.

Il s’est rendu compte plus tard que n’importe quel son pouvait très bien faire l’affaire, à condition de fixer un point à mi-distance et de bloquer ses poumons à la manière d’un plongeur en apnée.

C’est exactement ce qu’il fait à cet instant, jusqu’à ce que ses poumons menacent d’éclater et qu’il soit obligé de relâcher sa respiration.
Il se sent d’un seul coup devenir léger, impondérable, tandis que le sang reflue progressivement vers ses extrémités. Il allume alors une cigarette et réalise à cet instant qu’il n’a rien avalé depuis deux jours.

Il roule pendant une trentaine de kilomètres à la recherche d’un restaurant un peu engageant et, de guerre lasse, finit par se garer devant un bâtiment sans étage entouré d’une terrasse en bois et de cinq ou six palmiers poussiéreux. À l’intérieur, l’air est moite, presque statique, malgré les fenêtres ouvertes et le gros ventilateur bleu posé sur le comptoir.

Il n’y a plus grand monde dans la salle à cette heure, hormis un trio de routiers espagnols et un couple exténué qui semble avoir perdu l’envie de se parler. L’air que brasse le ventilateur balaie de bas en haut le visage d’une serveuse affairée derrière le bar, rebroussant ses cheveux blonds.

C’est un jour de début d’été ordinaire, un jour où Blériot, qui n’attend rien ni personne, est en train de calculer en mangeant ses crudités l’heure à laquelle il arrivera en vue des contreforts des Cévennes quand l’indicatif musical de son portable – ça ressemble aux trompettes de la destinée – retentit à nouveau dans le vide de l’après-midi.

Louis, c’est moi, dit aussitôt Nora de sa voix fluette, toute voilée, qu’il reconnaîtrait entre mille, je suis en ce moment à Amiens chez des amis anglais. En principe, j’arrive dans quelques jours à Paris.
À Paris ? fait-il en se levant précipitamment pour aller vers les toilettes, à l’abri des oreilles indiscrètes.
Elle l’appelle d’un café en face de la gare.
Et toi, demanda-t-elle, où tu es ?
Où je suis ? répète-t-il, parce qu’il a l’habitude de penser lentement – si lentement qu’il est en général le dernier à comprendre ce qui se passe dans sa propre vie. Je vais voir mes parents et je suis en train de déjeuner quelque part du côté de Rodez, commence-t-il, avant de se rendre compte – ses lèvres continuent à bouger dans le vide – qu’ils ont été coupés.

Il essaie de rappeler plusieurs fois, mais tombe invariablement sur la même voix enregistrée : Please, leave a message after the bip.

À cet instant, la lumière des toilettes s’éteint et Blériot reste debout dans le noir, son téléphone à la main, sans chercher l’interrupteur ni même tenter d’ouvrir la porte, comme s’il avait besoin de se recueillir dans l’obscurité pour prendre la mesure de ce qui lui arrive.
Car il attendait cet appel depuis deux ans.

Quand il retourne à sa table, il demeure un moment les bras ballants en face de son assiette, sentant comme une légère poussée de fièvre, accompagnée de frissons entre les épaules.

Il y a peut-être des filles qui disparaissent pour avoir un jour le plaisir de revenir, suppose-t-il après coup en cherchant sa serviette.
Il commande alors un autre verre de vin et entreprend de terminer sa viande froide, sans rien laisser paraître, ni quitter cette expression un peu soucieuse dont il déguise habituellement ses réactions.

Alors que les routiers espagnols ont entamé une partie de cartes – derrière lui, le couple en crise n’a toujours pas échangé une parole –, il se tient très droit sur sa chaise, en pleine possession de lui-même, et, à l’exception du léger tremblement de ses mains, rien ne peut laisser soupçonner dans quelle perplexité, dans quel état émotionnel il se trouve depuis cette communication

Bonne Lecture!

LA VIE D’UNE AUTRE DE FREDERIQUE DEGHELT

Bonjour! Un peu de lecture ce matin!

Je viens de finir un bouquin et je me dis que pitêtre tu l’apprécieras toi aussi! Une lecture très agréable, fluide, intense…

 

DEGHELT Frédérique, La Vie d’une Autre, ed. Actes Sud (Babel), 2007, 314p

 

C’est qui l’auteur de la Vie d’une Autre ?

Journaliste et réalisatrice de télévision, voyageuse infatigable, avec Paris pour port d’attache, Frédérique Deghelt a publié en 1995, aux éditions Sauret, un premier roman, “Mistinguett, La valse renversante”. S’en suivent : “Je porte un enfant et dans mes yeux l’étreinte sublime qui l’a conçu”, “La vie d’une autre”, “La grand-mère de Jade”, “Le cordon de soie” et “La nonne et le brigand”.

 

C’est quoi l’histoire de la Vie d’une Autre ?

Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre, nuit d’amour et le lendemain… Elle se retrouve douze ans plus tard, mariée, des enfants et plus un seul souvenir de ces années perdues. Cauchemar, angoisse… Elle doit assumer sa grande famille et accepter que l’homme qu’elle a rencontré la veille vit avec elle depuis douze ans et ne se doute pas du trou de mémoire dans lequel elle a été précipitée. Pour fuir le monde médical et ses questions, elle choisit de ne rien dire et devient secrètement l’enquêtrice de la vie d’une autre. Ou plutôt de sa propre vie.

C’est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a composé ce roman plein de suspense sur l’amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontés au quotidien et à la force des choix qui déterminent l’existence.

Ce que j’en pense ?

J’ai apprécié ce livre!

Je me suis fait amie amie avec l’héroïne de cette histoire! Cette Marie aurait pu être une bonne copine dans la vie!

La vie d’une Autre est un beau récit sur l’effet du temps sur le couple et sur nos aspirations de jeunesse! Sans oublié la famille, les amis, les enfants! Bref la vie au quotidien d’une famille en quelque sorte! Sauf que Marie a oublié ses 12 ans de mariage! Pratique et déstabilisant à la fois!

Ca se lit bien, ça se lit vite puisque l’auteur t’emmène dans cette enquête de la vie, du pourquoi de l’amnésie, les raisons, les sensations… J’ai pas mis longtemps pour le finir!

Alors même si j’ai adoré lire cette histoire, certaines petites choses me font dire que ce n’est qu’un roman

L’héroïne est belle, son mari est beau, ses enfants superbes, une situation financière plus que confortable, une belle mère en or, un ancien job intérressant, une maison de vacances digne des plus beaux magasines de déco… Un lien maternel juste évident (alors qu’elle ne se rappelle pas avoir enfanté), un cadre de vie idyllique!

Mais cela n’empêche pas une histoire qui fait réfléchir sur les liens amoureux….

Un Extrait du livre

« Je me regarde dans la glace : à quoi ressemble mon visage ce matin ? Depuis quinze jours, je me débats dans mes souvenirs, mes oublis et ma seconde nouvelle vie avec mes enfants.
Jamais je n’ai eu un moment de répit, quelques jours qui s’écoulent yeux dans les yeux avec Pablo… Tout au plus quelques heures autour d’un dîner. Je n’ai jamais eu l’occasion de l’observer vraiment dans un contexte différent, hors de cette famille que nous avons faite et que je viens de découvrir. la solution est peut-être là, dans cette maison qui a sans doute été importante dans notre rapport amoureux. J’en suis là de mes réflexions quand mon estomac me rappelle qu’il est vide. Quand je descends l’escalier en pierre, Pablo achève de dresser une table sur une terrasse fleurie. la maison est construite sur une avancée rocheuse et ne doit pas avoir beaucoup de fenêtres qui ne donnent pas sur la mer. »

 

Bonne Lecture!

 

 

 

Ps : merci Charlotte pour cette découverte!

 

LES MORUES DE TITOU LECOQ

Tiens je me suis souvenue que pendant les vacances de Février (ben vi!) j’avais lu un bouquin plutôt drolet!

Oui ben des fois ça fait du bien de lire un livre sans prise de tête, sans question, comme ça juste pour le plaisir de partir ailleurs, d’avoir de nouveaux meilleurs amis le temps ddu livre!

J’aime ce “genre” aussi qui te permet de décrocher de ta vie de tous les jours!

 

C’est qui l’auteur des Morues ?

Après une formation en sémiotique à l’université elle devient journaliste indépendante sur ‘Slate’ et blogueuse sur ‘Girls and Geeks. Elle a également publié en 2009 Kata Sutra, la vérité crue sur la vie sexuelle des filles chez Jacob-Duvernet.

Les Morues est son premier roman.

 

C’est quoi l’histoire des Morues ?

Le personnage principal Ema s’interroge sur les causes de la mort de son amie d’enfance. La sympathique trentenaire tente de mener l’enquête aidée de ses Morues d’amies, complices de cuite hebdomadaire. D’ici jusqu’au dénouement, il lui faudra aussi trouver un nouveau boulot, déjouer un complot d’état, et éclairer d’une lumière néo-féministe un bon millier de réflexions existentielles sur les relations humaines.

Ce que j’en pense ?

J’ai bien aimé les Morues, déjà pour le titre c’est plutôt drôle, pour ces 4 trentenaires en quête d’identité, pour l’enquête et les dessous de la privatisation du patrimoine culturel français (oui t’apprends des trucs intéressant en lisant les Morues!). J’ai apprécié le thriller (oui exactement!) de journalisme politique ainsi que le ton très blog et les propos ultra féministes d’Ema et ses acolytes!

Tu verras qu”avec Les Morues tu te laisses vite embarquer dans l’histoire et que tous les personnages sont attachants et qu’il te sera difficile de poser le livre tellement tu seras addicted en moins de deux chapitres!

En bref un lecture très bord de mer, piscine sous le soleil pour passer un agréable moment avec le sourire au lèvres!

ps : J’en profites pour remercier ma Keupine Marine pour le partage! … qui m’a permis de m’évader le temps de ces 449 pages!

 

Un Extrait du livre (début du livre)

La soirée Kurt

Au début, il y a la sonnette et la porte qui s’ouvre et se referme sans cesse. Des pas qui résonnent dans l’entrée. Et des embrassades, des «ah», des «oh». T’es déjà arrivé? J’croyais que tu finirais plus tard le taf. Ouais, mais finalement j’ai bien avancé. Hé, Antoine on va pas parler boulot ce soir, hein? Ça serait de la provoc! Un brouhaha généralisé. Des verres qui tintent. T’as apporté les bougies? Non c’était à Ema de le faire. Chut, on va commencer… Moi, j’ai pas de bougies mais j’ai de la vodka. Vodka! reprend en écho une autre voix. Ça va… On va pas non plus entrer en communication avec son esprit, on a passé l’âge… Toi, t’as décidé de jouer le vieux con de la soirée. Non mais… on va faire ça encore combien de temps? Jusqu’à l’inculpation de Courtney, tiens. Rires. Putain, vous êtes lourds les mecs. Hey, le MLF, 7 laisse tomber. Mais ça m’énerve! Faut forcément que ça soit la méchante femme, va régler tes problèmes avec ta mère Œdipus. Hou là là… Ça vanne sec ce soir. T’es pas d’accord Charlotte? Si– mais ils te provoquent. Dis donc Fred, t’as mis ton plus beau t-shirt… Oui, tu le trouves bien, c’est vrai? Non, elle se fout de ta gueule. On te le dit tous les ans que c’est ringard de se trimballer avec la pochette de In Utéro dans le dos….

Non, je le trouve vraiment bien, sincèrement, c’est… original de pas mettre Nevermind. Hein? Quelqu’un veut que je mette Nevermind? Ouais! Non, attends, moi j’ai apporté un CD avec des faces B inédites. Laisse tomber tes inédits, ils sont tous sortis avec le dernier coffret– à cause de cette pute de Courtney, hein Ema? Tu m’emmerdes Gonzo. Par contre, la bouteille de vodka sur mon meuble Stark, vous allez éviter. Toi, t’as su garder la grunge attitude dis-moi… Alors, t’as une copine en ce moment? Oui, je vois quelqu’un. Oh mais c’est génial! Les filles, arrêtez de lui parler comme s’il avait 3 ans. Elle fait quoi? Elle est à la fac. Wahou, elle est prof? Non. Thésarde? Non plus, elle est juste étudiante, en licence. Attendez! Fred fait son coming- out pédophile! Mais elle a quel âge? 20ans. Eh beh, mon cochon… Bon, on commence? Oh merde, on commence quoi? On se refait le débat sur le suicide, c’est ça? Faites chier, on est le 5avril, on va pas parler stock-options. Alors, moi je pense qu’il s’est suicidé parce que la vie c’est de la merde, ça te va? Il s’est pas suicidé! Y avait aucune empreinte sur le fusil, même pas les siennes, on l’a assassiné et moi je dirais que c’est… Ta gueule! Il s’est suicidé parce que le star system c’était pas son truc, il a jamais voulu ça. Moi, je voudrais juste vous dire que s’il nous voyait maintenant, une bande de trentenaires parvenus qui se souviennent du grunge une fois par an, il se tirerait une deuxième balle.

Bonne Lecture!

 

 

RU de KIM THUY

Un petit livre que je viens de terminer … Tout bien, qui se lit vite, qui parle du Vietnam à travers les yeux de l’écrivaine (une histoire vraie), de jolis mots pour retranscrire de belles émotions…

Un petit trésor ce livre … une belle découverte! Merci à Véro et Coco d’avoir partager cette jolie berceuse!

 

C’est qui Kim Thùy ?

Kim Thúy est née à Saigon en 1968, pendant l’offensive du Têt. À 10 ans, sa famille et elle fuyaient le Vietnam cachés dans la cale d’un bateau, entassés les uns sur les autres. Après avoir vécu quatre mois en Malaisie dans un camp de réfugiés, ils se sont installés à Granby, autant dire sur une autre planète.

Dans “Ru”, son premier roman, elle raconte, au fil de la mémoire qui avance par vagues, insouciante de l’ordre du temps, ses souvenirs pêle-mêle.

C’est quoi l’histoire ?

Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saigon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, Ru dit le vide et le trop-plein, l’égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d’un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d’argent ou la puissance d’une odeur d’assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui avec la maîtrise d’un grand écrivain.

Ce que j’en pense ?

La romancière signe avec Ru son premier livre qu’elle “a porter” pendant 25 ans, et moi je dis qu’elle a bien fait!

Elle fait le va et vient entre le Vietnam et le Québec, entre les gens de là-bas et les gens d’ici. Elle a fouillé sa mémoire pour proposer un récit simple mais touchant d’émotion. J’ai aimé lire RU parce que les chapitres son courts et riches d’émotions et Kim Thúy te propose avec toute sa douceur et expérience un regard différent sur notre monde contemporain.

Ru c’est beaucoup de jolis mots sur le lien et l’attachement maternel. Ru m’a parfois touché jusqu’aux larmes tellement ses pensées sont justes… J’ai retrouvé dans RU les paysages de rizières, des chapeaux pointus… Cela m’a émue autant que lorsque j’étais à Bali…

RU c’est un beau message de l’instant présent et de l’amour de la vie!

Je te laisse découvrir ce roman bouleversant d’émotions tout est tellement bien décrit que je ne peux pas t’en dire plus pour garder le souffle poétique de ce merveilleux livre!

 

Extrait du Livre (début du Livre)

Je suis venue au monde pendant l’offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie avec le son des mitraillettes.

J’ai vu le jour à Saigon, là où les débris des pétards éclatés en mille miettes coloraient le sol de rouge comme des pétales de cerisier, ou comme le sang des deux millions de soldats déployés, éparpillés dans les villes et les villages d’un Vietnam déchiré en deux.

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère.

Je m’appelle Nguyễn An Tịnh et ma mère, Nguyễn An Tĩnh. Mon nom est une simple variation du sien puisque seul un point sous le i me différencie d’elle, me distingue d’elle, me dissocie d’elle. J’étais une extension d’elle, jusque dans le sens de mon nom. En vietnamien, le sien veut dire «environnement paisible» et le mien, «intérieur paisible». Par ces noms presque inter changeables, ma mère confirmait que j’étais une suite d’elle, que je continuerais son histoire.

L’Histoire du Vietnam, celle avec un grand H, a déjoué les plans de ma mère. Elle a jeté les accents de nos noms à l’eau quand elle nous a fait traverser le golfe du Siam, il y a trente ans. Elle a aussi dépouillé nos noms de leur sens, les réduisant à des sons à la fois étrangers et étranges dans la langue française. Elle est surtout venue rompre mon rôle de prolongement naturel de ma mère quand j’ai eu dix ans.

Grâce à l’exil, mes enfants n’ont jamais été des prolongements de moi, de mon histoire. Ils s’appellent Pascal et Henri et ne me ressemblent pas. Ils ont les cheveux clairs, la peau blanche et les cils touffus. Je n’ai pas éprouvé le sentiment naturel de la maternité auquel je m’attendais quand ils étaient accrochés à mes seins à trois heures du matin, au milieu de la nuit. L’instinct maternel m’est venu beaucoup plus tard, au fil des nuits blanches, des couches souillées, des sourires gratuits, des joies soudaines.

C’est seulement à ce moment-là que j’ai saisi l’amour de cette mère assise en face de moi dans la cale de notre bateau, tenant dans ses bras un bébé dont la tête était couverte de croûtes de gale puantes. J’ai eu cette image sous les yeux pendant des jours et peut-être aussi des nuits. La petite ampoule suspendue au bout d’un fil retenu par un clou rouillé diffusait dans la cale une faible lumière, toujours la même. Au fond de ce bateau, le jour ne se distinguait plus de la nuit. La constance de cet éclairage nous protégeait de l’immensité de la mer et du ciel qui nous entouraient. Les gens assis sur le pont nous rapportaient qu’il n’y avait plus de ligne de démarcation entre le bleu du ciel et le bleu de la mer. On ne savait donc pas si on se dirigeait vers le ciel ou si on s’enfonçait dans les profondeurs de l’eau. Le paradis et l’enfer s’étaient enlacés dans le ventre de notre bateau. Le paradis promettait un tournant dans notre vie, un nouvel avenir, une nouvelle histoire. L’enfer, lui, étalait nos peurs : peur des pirates, peur de mourir de faim, peur de s’intoxiquer avec les biscottes imbibées d’huile à moteur, peur de manquer d’eau, peur de ne plus pouvoir se remettre debout, peur de devoir uriner dans ce pot rouge qui passait d’une main à l’autre, peur que cette tête d’enfant galeuse ne soit contagieuse, peur de ne plus jamais fouler la terre ferme, peur de ne plus revoir le visage de ses parents assis quelque part dans la pénombre au milieu de ces deux cents personnes.

Bonne Lecture!

 

LE LIVRE SANS NOM

Huuuuu! ça caille chez nous à Lyon! Alors quoi de mieux que de rester chez soi et de se faire un bon bouquin en attendant le printemps?

Si tu es en manque d’inspiration livresque en voici un qui m’a bien plu : Le livre sans nom.

Complètement dingue ce bouquin, il est inclassable : western, film d’épouvante, intrigue policière, sang, bagarres, surnaturel… c’est comme si tu lisais un film! Si tu prends ce livre au second voire troisième degré tu passeras un bon moment de lecture!

Le livre sans nom ou le livre est Le livre que tu dévoreras tellement il est drôle et plein de suspens! Avec des personnages tous aussi déjantées les uns que les autres!

 

 

C’est quoi l’histoire ?

Santa Mondega, une ville d’Amérique du Sud oubliée du reste du monde et connue des habitants pour être la ville la plus dangereuse du monde. Tout commence avec la venue d’un étrange homme encapuchonné dans le « Tapioca » un bar local, l’étranger commande un bourbon et après une démonstration de l’hospitalité locale, le boit et… tout ce que l’on sait c’est que les seuls survivants furent l’étranger et Sanchez, patron du bar. Loin de là, deux moines Kyle et Peto reçoivent une mission, ils doivent se rendre à Santa Mondega pour aller chercher une pierre magique (« l’œil de la lune ») censée apporter invulnérabilité à celui qui la porte. Autre part, une jeune femme Jessica se réveille dans une maison et apprend qu’elle sort d’un coma de cinq ans après avoir été victime d’une tentative de meurtre tandis que l’inspecteur du paranormal, Miles Jensen se rend à Santa Mondega pour mener son enquête.

C’est qui l’auteur ?

Anonyme! Et rien que pour ça c’est trop fort!

Sur la Toile, les rumeurs vont bon train. Le réalisateur de Pulp Fiction se serait-il offert un petit plaisir littéraire ? On y pense forcément lorsque certains personnages dissertent sur leurs acteurs préférés : “Plutôt De Niro ou Pacino ?”, ou vantent les mérites du film True Romance, de Tony Scott… écrit par Tarantino ! Publié dans 25 pays, courtisé par Hollywood, la plume mystère tient pour l’instant à rester dans l’ombre, même si elle dispose d’une page Facebook au nom de Bourbon Kid.

L’auteur a publié le premier chapitre sur Internet, grâce au site lulu.com. Il a attiré l’attention de l’éditeur anglais Michael O’Mara qui est le seul à l’avoir rencontré. Sorti initialement en Grande-Bretagne en 2007, le livre paraît dans 25 pays. Les éditions Sonatine ont acheté les droits français de l’ouvrage, pour une publication en 2010.

L’édition originale française est très sobre, ne contenant que le titre, le nom de l’éditeur, un résumé de l’histoire, quelques critiques de The Telegraph et The Booklist, des informations sur le fait qu’il soit anonyme et le code-barre. Un gros plan sur un visage dans l’ombre, fumant une cigarette constitue la seule illustration. Il fait 468 pages se décomposant en 65 chapitres.

Y’a même une vidéo du livre!

t’as déjà vu un bouquin qui présente sa bande annonce toi ? Moi jamais …

Ca donne envie nan ?

 

Le livre Sans Nom bientôt au cinéma

Les droits cinématographiques du Livre sans nom viennent d’être achetés par Don Murphy, producteur, entre autres, de Tueurs nés d’Oliver Stone, de Bully de Larry Clark, et de From Hell de Allen Hughes.

 

 

Le Livre sans nom : une trilogie

Si tu as aimé ce roman saches qu’il existe la suite : L’Œil de la lune et Le Cimetière du Diable.

jusqu’au boutiste j’ai lu les deux autres tomes!

Ma préférence est sur le Livre sans nom pour son côté innovant. Je trouve même dommage que l’auteur se soit laissé séduire par une suite!

Un peu dommage même si le deuxième opus dévoile qui est le Bourbon Kid! Le troisième est pour moi inutile et rien à voir avec les deux premiers!

 

Les liens du Livre sans nom

Interview de l’auteur
Ediiton sonatine-editions

 


Le Livre sans nom par sonatine-editions

 

 

Tu l’as lu ?